Qui est la Coureuse des grèves?

Si je vous dis « La Coureuse des grèves », que vous évoquent ces mots? Les grands espaces, l’air marin, le vent dans les cheveux, une femme éprise de liberté. Avouez que c’est romantique! 

La première fois que j’ai entendu ce nom, il y a plus de 15 ans de cela, j’étais de passage à Saint-Jean-Port-Joli et j’ai vu le petit restaurant dont le logo rappelle la chevelure d’une femme. J’ai fouillé un peu, mais la légende est plutôt brève : pendant une vingtaine d’années, la Coureuse des grèves pouvait être aperçue chaque matin, un panier à la main et ses robes dansant au gré du vent. Elle discute avec les marins et les pêcheurs, suscitant les commérages, et sûrement la jalousie des femmes au village. Sa disparition est subite et inexpliquée; on suppose qu’elle a pris le large avec un marin dont elle est tombée amoureuse. 

Malgré cette fascination, lorsque j’ai écrit la série Windigo, je n’ai jamais fait allusion à cette légende. Plus tard, j’ai eu envie de l’inclure dans une nouvelle : je l’imaginais rencontrer Bastien, le fils du chef de la meute de Faoladh. Mais ça n’allait pas. Même si Bastien était susceptible aux charmes de la Coureuse des grèves, elle refusait de s’établir en ville. (Oui, je sais, c’est un personnage fictif. Non, pas besoin de camisole de force ou de murs capitonnés. C’est la beauté du processus créatif : il n’a pas besoin de se plier à la logique!) J’ai donc mis cette idée de côté.  

Sauf que la belle dame refusait de retourner dans l’obscurité de mon imagination. Elle avait une histoire à raconter : ce qui la poussait à arpenter la grève, ce qu’il était advenu de ses proches, la raison de sa soudaine disparition. Toutes ces questions en suspens… 

Alors que je terminais l’écriture de La Chronique des Joyaux, l’image de la Coureuse des grèves s’est cristallisée dans mon esprit. En jonglant un peu avec les différents mythes, je suis rapidement arrivée à la conclusion qu’elle me rappelait une nymphe : une de ces divinités mineures de la mythologie grecque et romaine, associées aux différents aspects de la nature. 

J’ai d’abord penché vers les ondines, mais ça ne collait pas avec les faits. La légende de la Coureuse des grèves prend racine entre L’Islet et Saint-Jean-Port-Joli, et le fleuve est salé à cet endroit. Donc on oublie les créatures d’eau douce comme les naïades ou les ondines. Sauf que l’estuaire du Saint-Laurent, qui donne sur le golfe du Saint-Laurent (un golfe étant une mer en bordure d’un océan, merci Google) commence à la hauteur de Saint-Jean-Port-Joli. Ce qui ouvre la porte sur les néréides et les océanides. 

Pour ceux et celles qui ont lu la saga Windigo, vous êtes bien au fait des jeux de pouvoirs entre le Roi-Mage qui siège en Europe et les créatures surnaturelles en Amérique du Nord. Si la Coureuse des grèves descendait des colons, et non des Premiers Peuples, la logique voudrait que ses ancêtres aient traversé l’océan. Vous voyez où je veux en venir? Ses origines seront d’ailleurs abordées dans la saga, alors je vous laisse le plaisir de les découvrir avec elle au fil du récit. 

Enfin, il me fallait un nom. Je ne m’en cache pas; les légendes arthuriennes ont bercé mon adolescence. Ma chienne s’appelle d’ailleurs Nimue (prononcé ni-mu). Je sais maintenant qu’en français on devrait lire Nimuë (prononcé ni-mou-é), mais à l’époque j’avais uniquement lu le nom à l’écrit, et en anglais de surcroit, et ce n’est qu’en écoutant la série télé « Cursed » que j’ai réalisé mon erreur. Tant pis pour le chien, il est trop tard pour corriger le tir! En français, la Dame du Lac s’appelle plus communément Viviane. L’occasion était trop belle pour la manquer! 

J’ai aussi eu la chance d’observer un duo de cormorans à aigrettes lors d’une visite à la Base plein air de Saint-Foy cet été. Deux grands oiseaux au plumage noir, perchés sur un ponton, les ailes écartées pour les sécher au soleil. Noir comme les cheveux de la belle Viviane. Son nom de famille était trouvé! 

Comme j’ai l’intention de plonger Viviane Cormoran au cœur de l’action, je l’ai dotée d’une curiosité dévorante et d’une débrouillardise colorée. Dans un prochain article, je vous présenterai sa covedette, dont la légende est présente dans la même région. 

La première partie de cette saga sera disponible le 8 décembre 2022. 

Publié par Mélanie

Mélanie Dufresne est une auteur émergente de science-fiction et de fantastique. habite à Québec avec son conjoint et ses deux enfants. Entre la vie de famille et le travail, elle aime bien lire et faire de la randonnée.

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