Un extrait de L’ennemi du Windigo

Voici le tome 2 de la série Windigo, où on retrouve Ellie, accompagnée des Faoladh et de Karl. Plusieurs autres créatures surnaturelles seront au rendez-vous: une lavandière de nuit, l’oiseau-tonnerre et des feux follets, pour ne nommer que ceux-là. La sortie est prévue le 11 février 2021.

Voici un petit extrait pour vous faire patienter!


Le vent nous apporta une odeur de cuisson et mon estomac me fit regretter d’avoir choisi d’attendre. Je grimaçai et hâtai le pas. Une fois dans le stationnement, je remarquai une voiture arrêtée au milieu de la voie. La portière s’ouvrit et je me figeai à la vue de Bastien. Ses cheveux châtains étaient cachés par une casquette trucker noire et rouge. Il me dépassait d’une bonne tête, tout en muscles, en partie grâce à son héritage surnaturel, mais aussi en raison de son mode de vie actif. Son habituel sourire en coin était absent et la surprise me fit ralentir. Il referma la portière avec un geste brusque, les sourcils froncés. 

Geneviève n’avait pas remarqué sa présence et elle avait continué vers la rangée suivante. En s’apercevant que je ne la suivais plus, elle rebroussa chemin. Elle n’avait jamais caché son intérêt pour Bastien, mais c’était malheureusement à sens unique. Elle arqua un sourcil interrogateur à mon intention. Mon regard alterna entre les deux et ma poitrine se creusa. Bastien me manquait tellement, mais le fossé entre nous était difficile à franchir. 

– Où est ta voiture? demanda-t-il. 

– Elle embarque avec moi, intervint Geneviève. 

J’inspirai pour masquer ma déception à ses paroles. Cette conversation aurait pu prendre bien des tournures différentes, mais la réconciliation ne semblait pas être au menu du jour. 

– Salut Bastien, répondis-je. Je suis contente de te voir. 

Il soupira et se passa une main sur le visage. 

– Je suis content de te voir aussi. 

Il avança jusqu’à moi et me serra dans ses bras. Je lui rendis son étreinte, la gorge trop serrée pour parler. Il recula finalement. 

– Je m’ennuie de nos collations du soir. 

Je secouai la tête avec un rire étranglé. 

– Tu t’ennuies seulement que je te prépare à manger. 

Il mit une main sur sa poitrine avec un sourire moqueur. 

– Tu me brises le cœur. 

– Tu confonds avec la faim. 

Son visage s’éclaira d’un réel sourire avant de redevenir sérieux. 

– Tu me manques, Ellie. La maison est trop tranquille sans toi. 

Je hochai la tête, incapable de lui répondre avec des mots. Il se balança d’un pied à l’autre et jeta un coup d’œil à Geneviève. Elle avait la bouche pincée et le considérait avec un air pensif. 

– Je dois parler à Ellie un moment. Je te la rends après. 

Ses mâchoires se crispèrent et elle me jeta un regard. Je n’avais pas beaucoup d’amies, mais Geneviève était une perle. Je lui fis signe d’accepter et elle s’éloigna avec un soupir résigné. Bastien se passa une main sur la nuque. 

– Nous avons eu un incident délicat avec la meute. Un loup-garou bestial a attaqué un couple de touristes dans les monts Chic-Chocs. Ils ont survécu, mais l’homme a été infecté. 

Je frissonnai à cette nouvelle. En coupant mes liens avec la meute, j’avais aussi perdu mes sources d’information. Karl m’en racontait un peu, mais je le soupçonnais de passer par-dessus bien des détails. Les survivants de ce genre d’attaque étaient plutôt rares. Marc et moi faisions partie des exceptions. Mais seules la chance et l’intervention des Faoladh, nous avaient sauvé la vie. Les monstres qui avaient tué mes parents avaient fait près d’une trentaine de victimes avant d’être abattus. La mine sombre, Bastien poursuivit. 

– Christian et les sentinelles font de leur mieux pour qu’il survive à la transformation. C’est un homme bien. Mais la présence de sa femme le chamboule trop. 

Un mauvais pressentiment me fit plisser les yeux. Il dut le sentir, car il se dépêcha de terminer. 

– Megan est une humaine normale. L’existence du monde surnaturel ne semble pas l’avoir trop dérouté, mais on préférerait la tenir à l’œil. 

Je croisai les bras alors que la frustration me faisait serrer les dents. 

– Je suis sûr que Sorcha peut s’occuper d’une simple humaine. 

Il secoua la tête. 

– Rian et elle sont encore occupés à traquer le loup-garou bestial. Bridget essaie de finaliser le texte de la constitution avant la visite officielle de la délégation du Roi-Mage dans deux semaines. 

La porte du côté passager grinça et une femme sortit de la voiture. Ses cheveux bruns ondulés s’agitèrent dans le vent et elle les repoussa d’une main. Elle devait faire à peu près la même taille que moi, mais sa stature était plus délicate. 

– Bastien, comme je te l’ai dit, je peux rester chez moi. C’est visiblement trop compliqué de me trouver une gardienne. 

Son ton était léger, mais une pointe d’amertume se faisait sentir. Sa situation ne m’était pas étrangère. J’avais aussi été à la merci des Faoladh et de leur bienveillance étouffante. Bastien fronça les sourcils à l’intention de Megan. 

– C’est autant pour ta sécurité que pour la tranquillité d’esprit de Jeremy. 

Une expression coupable passa sur le visage de Megan et j’eus un élan de sympathie. Avant de me rappeler que je ne pouvais pas laisser la meute dicter mes actes ou me demander d’accomplir des tâches. Un bandeau de tension commença à m’enserrer le front. Je portai mes mains à mes tempes et fermai les yeux.  

– Ce serait seulement pour le reste de la journée, dit-il. Tu pourras la ramener ce soir. On fera livrer une pizza et on rattrapera le temps perdu. Qu’est-ce que tu en dis? 

Il avait terminé avec un sourire gamin, celui auquel j’avais énormément de difficultés à dire non. Nous avions grandi ensemble, presque soudés l’un à l’autre. Nos chemins avaient divergé à la fin de l’adolescence, mais c’était probablement la personne qui me connaissait le mieux au monde. Derrière lui, Megan nous observait avec une expression inquiète. Elle aurait besoin d’une bonne dose de courage et de toute l’aide possible pour passer au travers des prochains jours. 

C’était peut-être despotique de la part de Christian de croire que j’allais tout abandonner pour m’occuper de Megan, mais force m’était d’admettre que j’étais particulièrement bien placée pour l’aider à réconcilier sa nouvelle vie avec l’ancienne. Je pointai Bastien du doigt. 

– Je te reparlerai ce soir lorsque je ramènerai Megan à Sainte-Catherine. On verra à ce moment si j’ai envie de passer du temps avec toi. 

Il acquiesça d’un air reconnaissant et je le chassai d’un geste de la main. 

– Va aider Christian à conquérir le monde. Je vais faire connaissance avec Megan pendant ce temps. 

– Merci, dit-il. 

Il m’attrapa par les épaules dans une rapide étreinte et déposa un baiser sur ma joue. Il retourna auprès de Megan et ils échangèrent quelques mots. Finalement, il lui fit signe de me rejoindre avant d’embarquer dans sa voiture. Il agita la main à mon intention une dernière fois avant de prendre la direction de l’autoroute Robert-Bourassa. 

Je me tournai vers Megan et pris une profonde inspiration. Elle pivota sur elle-même, son regard passant d’un bâtiment à l’autre. 

– Ça n’a pas beaucoup changé depuis cinq ans. 

Je pointai en direction du pavillon Alphonse-Desjardins.  

– On pourrait aller prendre un café au pub universitaire. Quelqu’un va me rapporter ma voiture d’ici une heure. On pourra ensuite passer l’après-midi dans un endroit plus tranquille. 

Elle acquiesça avec un air neutre. Derrière moi, le gravier crissa et je me tournai pour voir Geneviève approcher. Son regard alterna entre Megan et moi. Je fis signe à cette dernière de m’attendre et allai rejoindre Geneviève. 

– C’est la femme du cousin de Bridget. Son mari a eu un diagnostic médical obscur. Bastien veut que je passe quelques heures avec elle, le temps que la famille se remette de ses émotions. Je crois qu’elle va avoir besoin de discuter… 

J’agitai les mains, en manque de mots pour terminer mon mensonge. Geneviève jeta un coup d’oeil à Megan par-dessus mon épaule avec un air perplexe. 

– On ne dit pas non à la famille, j’imagine. On ira sur la rue Saint-Jean une autre fois. 

– Désolé. 

Elle haussa les épaules avec un sourire. 

– Je t’appellerai ce soir et tu me raconteras. 

Je la regardai s’éloigner avec un pincement au cœur. La prudence me dictait de la garder à l’écart de l’aspect surnaturel de ma vie. Je ne le faisais pas de gaieté de cœur et la situation me pesait sur la conscience, mais c’était plus sécuritaire ainsi. Je me tournai vers Megan. Elle haussa les sourcils, les mains croisées sous ses bras pour les garder au chaud. Nous avions beau être en plein soleil, les bourrasques étaient froides.  

– Je ne sais pas toi, mais je suis affamée. 

Elle cligna des yeux à quelques reprises. 

– Je crois que mon dernier repas date d’hier. 

La pauvre n’était pas au bout de ses peines. 

– Pour des protecteurs, les Faoladh sont parfois complètement à côté de la plaque. 

Elle eut un rire surpris. Je lui fis signe de me suivre. La psychanalyse attendrait que j’aie l’estomac plein. 

Publié par Mélanie

Mélanie Dufresne est une auteur émergente de science-fiction et de fantastique. habite à Québec avec son conjoint et ses deux enfants. Entre la vie de famille et le travail, elle aime bien lire et faire de la randonnée.

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