Un extrait de Similis

Le tome 2 de la série Dominix Kemp sort le 19 mai 2020. Similis est un mélange d’action et de suspense avec une bonne dose d’humanité. J’espère que vous aurez autant de plaisir à lire cette nouvelle aventure que j’en ai eu à l’écrire. Je vous laisse un extrait pour vous faire patienter d’ici là. Bonne lecture!


Nous étions sur une orbite parallèle à quelque distance du vaisseau en détresse. J’avais affiché les caméras extérieures et le cargo était en gros plan sur l’écran central. Toutes les lumières étaient éteintes et les moteurs ne semblaient pas fonctionner. Nos appels restaient sans réponse. 

– Teo? demandai-je.

– L’IA de l’ordinateur de bord est hors ligne. Ça va me prendre un accès direct pour entrer dans leur système et comprendre ce qui leur est arrivé.

J’entendis Nova soupirer. Nos chances de trouver des survivants étaient presque nulles. 

– Que disent les balayages? demanda ma sœur.

Teo nous envoya quelques images avant de répondre.

– Il y a des zones de chaleur, mais impossible de dire si ce sont des êtres vivants.

Ketsia fit le point sur la coque du vaisseau et déplaça la caméra méthodiquement. 

– Je ne crois pas qu’ils aient été attaqués, dit-elle. 

– Une défectuosité mécanique?

Je repensai à nos propres diagnostics qui n’étaient pas satisfaisants. J’avais devant moi un rappel de ce qui pourrait nous arriver si je ne m’occupais pas de mon vaisseau. Nova s’avança entre mon siège et celui de Ketsia.

– Ou une épidémie.

– Je vais monter à bord pour évaluer la cargaison, commençai-je.

– Je t’accompagne, dit Nova. Au cas où il y aurait des survivants.

J’acquiesçai.

– Tu pourras trouver un panneau d’accès et connecter Teo. Ket, équipe-toi au cas où on aurait besoin de renforts, mais tu restes aux commandes, prête à partir en vitesse.

Je manœuvrai pour aborder le cargo. Ce type de vaisseau avait un pont d’atterrissage sous-ventral, mais comme personne ne nous ouvrirait le hayon, c’était hors de question. Je choisis un des sas d’amarrage externe près du poste de pilotage. Nova serait loin de la salle des machines, mais j’étais confiant de trouver un panneau de contrôle intermédiaire à l’avant du vaisseau.

Je déployai notre sas pour terminer la manœuvre. Il devait rester des moteurs auxiliaires en état de marche sur le cargo, car leur ponton détecta le nôtre et compléta l’amarrage. Les verrous s’agrippèrent dans un tintement métallique qui se réverbéra sur la coque. Je pressurisai le sas et l’ordinateur confirma que la passerelle était hermétique.

Je me rendis dans la soute et sortis trois combinaisons intravéhiculaires. Elles étaient légères et souples. Nous serions en mesure de nous battre en cas d’attaque et l’étanchéité préviendrait toute contamination si Nova avait raison. Teo arriva alors que nous ajustions les appareils respiratoires. Il tendit deux modules à ma sœur.

– J’ai regardé les configurations possibles de cette génération de vaisseaux. Dès que tu auras trouvé le panneau de contrôle, tu vas savoir lequel utiliser. Les ports sont très différents.

Nova acquiesça et enfila une ceinture avec une pochette de transport. Je me tournai vers Ketsia et mis une main sur sa taille. Elle m’attrapa par la nuque et m’embrassa. Ma femme me faisait toujours l’effet d’un court-circuit et j’oubliai momentanément notre mission de sauvetage. Elle recula avec un sourire lorsque Nova se racla la gorge.

– Soyez prudents.

Je lui rendis son sourire.

– Ce n’est pas une promesse.

Elle roula des yeux et me tendit mon casque. Je l’enfilai et le joint couina en prenant sa place. Je fis un test radio, imité par Nova.

– Silence radio d’ici à ce que l’on confirme qu’il n’y a pas d’élément hostile à bord.

Teo agita sa tablette en guise de réponse. Ket salua Nova de la main et retourna vers le poste de pilotage. Je pris mon pistolet à impulsion et en tendis un autre à Nova. Elle cligna des yeux, mais prit l’arme sans commentaire. Je me dirigeai vers la coursive qui longeait la coque du vaisseau. Le bruit des bottes de Nova me suivit jusqu’au sas. Teo se glissa devant moi et déverrouilla le panneau. Il se tourna vers nous.

Fortes fortuna juvat.

Teo m’avait déjà servi celle-là et je me doutais quelque peu du sens.

– La chance, c’est pour les débutants.

Teo secoua la tête d’un air exaspéré. Je passai devant lui, suivi de Nova. Je me retournai pour le voir refermer l’écoutille derrière nous. Rassuré, je traversai l’appontement et me rendis au sas du cargo. Je fis une tentative sur le panneau de contrôle. La plupart des messages de détresse automatiques avaient des protocoles permettant aux secours d’aborder facilement le vaisseau. À ma première tentative, les voyants passèrent au vert et le verrou coulissa. Je poussai le panneau lentement. Il n’y eut aucun changement de pression. L’atmosphère du vaisseau était encore stable.

J’avançai d’un pas, pistolet pointé. La coursive était plongée dans la noirceur à l’exception de quelques lumières de sécurité. La teinte du verre de mon casque s’ajusta pour compenser. Nous étions sur une passerelle d’accès pour la maintenance des conduits. Je fis signe à Nova de surveiller les alentours. Elle acquiesça alors que je mettais le pied sur l’échelle qui menait à la plateforme du corridor.

Une fois descendu, je balayai les environs tandis que Nova me rejoignait. Ce genre d’exploration était ce que je détestais le plus. Mon père était un cinéphile et il nous avait fait visionner des films en tout genre. Mais ce qu’il préférait était les thrillers. Les endroits isolés et obscurs avaient tendance à me rappeler les soirées passées à me torturer l’esprit sur des intrigues angoissantes. La seule raison qui me poussait à ignorer la petite voix dans ma tête qui criait à l’embuscade était le potentiel lucratif.

Je regardai l’écran flexible à mon bras sur lequel Teo m’avait envoyé le plan du vaisseau. Je pivotai et me situai par rapport au poste de pilotage. Je tournai dans la coursive à droite et testai les portes que je rencontrais. Elles étaient toutes verrouillées. C’était à la fois rassurant et frustrant. Je croisai quelques embranchements de corridors, tous déserts. 

Arrivé au poste de pilotage, je repérai le panneau universel et l’indiquai à Nova. Elle acquiesça et activa sa caméra pour Teo. Je fis le tour de l’endroit avant de m’asseoir dans le siège du pilote. Trop ferme. Mon HS-101 avait beau être petit, il était bien mieux équipé. Je tentai d’allumer l’ordinateur central, sans succès. Même avec une réinitialisation manuelle, la console ne réagissait pas. L’hypothèse du bris mécanique semblait de plus en plus probable.

Je revins vers Nova. Elle était parvenue à se connecter avec une espèce de couette de fils terminé par une prise plate. Son écran flexible affichait un flot de données interminable. Elle haussa les épaules et me fit le signal pour continuer. J’acquiesçai. Je zoomai le plan sur mon écran et lui montrai notre prochaine destination. Elle me fit signe et je pris les devants.

Je me dirigeai vers les échelles d’accès de maintenance. La cale se trouvait plusieurs ponts plus bas. Ma tablette vibra et un message de Teo s’afficha. Le journal de bord mentionnait une dizaine de membres d’équipage. Le manifeste était plutôt standard avec des vivres, de l’équipement d’exploration et quelques capsules habitables de colonisation. Pratique, mais pas très excitant. Ce serait trop difficile à revendre. Je descendis le dernier échelon et ouvris le panneau de l’écoutille.

La cale était entièrement occupée par d’énormes caisses. Je pouvais voir leurs silhouettes se découper dans la noirceur grâce à quelques lumières d’urgence encore fonctionnelles. Impossible de charger les caisses telles quelles dans le HS-101 vu leur taille. Je fis le tour du premier conteneur. Un verrou électronique se trouvait à mi-hauteur sur le montant. Un tour d’horizon m’apprit qu’ils étaient tous pareils.

Nova me fit signe et pointa une caisse verte avec une croix blanche. Du matériel médical. Je lui signalai que nous allions terminer l’exploration. Nous n’étions pas équipés pour forcer les serrures. Je pris quelques photos et les envoyai à Teo pour qu’il me donne son opinion.

Sur le chemin du retour, je me dirigeai vers les quartiers de vie. Je me rivai le nez aux portes de confinement. Une fois mises en place, rien sauf l’ordinateur de bord ne pourrait les ouvrir. J’approchai mon visage du hublot, mais la noirceur était complète. Je baissai les yeux vers mon écran. Teo n’avait toujours pas répondu pour les serrures. Je doutais qu’elles lui posent problème. Il aurait dû me donner son diagnostic déjà. J’activai ma radio.

– Teo?

Aucune réponse. J’échangeai un regard avec Nova. Mon navigateur était reconnu pour ses réponses nonchalantes, mais il répondait toujours. J’activai la charge de mon pistolet à impulsion et lui fis signe de me suivre. Je remontai le corridor jusqu’à la passerelle par laquelle nous étions entrés. Plus tôt, j’avais été rassuré par le silence, preuve que nous étions seuls. Mais en l’absence de réponse du vaisseau, je réprimai un frisson d’inconfort.

Le sas était plongé dans l’obscurité. Je passai le seuil et vérifiai l’état de l’appontement. Les joints étaient encore étanches et les amarres étaient en place. Je fis signe à Nova de passer et refermai la porte derrière elle. Elle avança jusqu’au sas, son pistolet pointé vers le sol. Je la rejoignis au panneau du HS-101. Elle se plaqua contre le plastek pour me laisser ouvrir le panneau.

Le sas s’ouvrit dans un chuintement. Je balayai la coursive avec mon pistolet. L’endroit était comme nous l’avions laissé à notre départ. Je me dirigeai vers le poste de pilotage. De ma position, je pouvais voir les jambes de Ketsia au sol. Ma poitrine se comprima et après une hésitation, mon cœur repartit à toute vitesse. Je pris une profonde inspiration pour garder mes mains stables. Ce n’était pas le moment de paniquer.

Je m’approchai avec précaution et sécurisai la pièce. Rien n’avait bougé et les outils de navigation n’affichaient rien d’anormal. Nova bondit en action dès que je lui fis signe. Elle s’agenouilla auprès de Ket. Je la laissai travailler et me dirigeais vers la coursive qui menait à la salle des machines. Je m’arrêtai dans l’embrasure. Mon instinct me criait de m’occuper de ma femme, mais Nova serait plus à même de l’aider. Mon navigateur avait peut-être besoin de moi.

– Vivante, dit Nova. Son pouls est lent, mais stable. Je ne vois pas de contusions ou de blessures.

Je lui fis signe que je continuais. Elle acquiesça et reprit son pistolet en main. Je m’engageai dans la coursive et vérifiai chacune des pièces. Ce n’était pas un gros vaisseau, mais le trajet me prit plusieurs minutes. La dernière porte était celle de la salle des machines. L’endroit était vide excepté pour mon navigateur, affalé le visage sur sa console au centre de la pièce. Il avait une vilaine entaille sur l’arrière de la tête. Le sang avait déjà commencé à coaguler. Je relâchai mon souffle lorsqu’il grogna. Je lui mis une main sur l’épaule.

– Ça va?

Il cligna des yeux et releva la tête. Avec une grimace, il porta la main à sa blessure.

– Non.

Il activa sa console et scanna le vaisseau. 

– Ils sont tous partis. Avec leur cargo.

– Qui « ils »?

– Des saloperies de Hubots. Toute une escouade. Ils ont gazé Ket. Je crois qu’ils s’attendaient pas à me trouver ici.

Un horrible pressentiment m’assaillit. Je partis au pas de course vers la soute. Les bottes de Teo firent résonner le grillage derrière moi.

– Je suis désolé, Dom.

J’arrivai devant l’espace où auraient dû se trouver trois longues caisses. Je pivotai sur moi-même, au cas où la cargaison ait été déplacée. D’un côté, l’armoire avec les armes était toujours cadenassée. Celles avec l’équipement général étaient fermées et ne semblaient pas avoir été touchées. Les caisses avec nos réserves de nourriture étaient arrimées à la paroi d’en face. La table de travail était vide et les outils étaient tous dans leurs tiroirs respectifs.

Mon regard revint vers le plancher. Je me pinçai le nez. Nous nous étions fait avoir comme des débutants. Je serrai les poings et me tournai vers Teo. Il recula jusqu’à la paroi, avec des yeux ronds. Je fis de mon mieux pour parler calmement.

– Nous allons retrouver la cargaison et terminer cette livraison.

– Oui, Dom.


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Publié par Mélanie

Mélanie Dufresne est une auteur émergente de science-fiction et de fantastique. habite à Québec avec son conjoint et ses deux enfants. Entre la vie de famille et le travail, elle aime bien lire et faire de la randonnée.

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