Lexique France – Québec

Attachez votre tuque avec de la broche, je vous paye la traite! 

Traduction : Tenez-vous bien, c’est moi qui offre. 

Bon, je vois déjà les yeux vitreux de nos cousins outremer. Ne vous sauvez pas!!! Promis, j’arrête avec les expressions colorées. De toute façon, vous n’en trouverez que très peu dans mes romans. J’ai toujours en tête mes lecteurs internationaux lorsque je corrige mes textes et je ne suis jamais tombée dans l’excès avec les régionalismes (ou du moins j’essaie).  

Malgré tout, les commentaires étaient récurrents au sujet de mon vocabulaire, et une critique en particulier déplorait, et je cite, “Dommage que ces romans aient été écrits en québécois ; il y a beaucoup d’américanismes.”  Perdon? De kessé? Vous l’aurez deviné, mon orgueil était piqué! 

Alors je suis partie en quête du juste milieu : je ne voulais pas compromettre ce qui rendait ma plume différente, mais je voulais quand même diminuer la friction pour mes lecteurs européens. J’ai donc recruté une équipe de 10 lectrices en leur donnant le mandat de relever les expressions et les mots qui les écorchaient dans la série Windigo. Certaines m’ont remis une liste d’à peine quelques lignes tandis que d’autres avaient plusieurs pages de notes. Ahem. Un score de 2-0 pour mon pauvre orgueil… 

Parmi les points relevés, certaines différences sont régionales et ne nuisent pas à la compréhension : comme un canot, que nos amis Français écrivent canoë. Ça ne change rien à l’objet dont il est question, mais j’étais quand même disposée à insérer une note de bas de page pour faciliter la lecture.  

D’autre part, il y a des mots qui font vraisemblablement parti de l’usage courant, voire même des expressions acceptées par l’Office québécois de la langue française, mais qui ne sont pas utilisés en France. Ce ne sont donc pas des formes fautives, ni des “américanismes”. Je les considère plutôt comme des tendances linguistiques. 

Je vous offre mon top 5! 

#5 Envoyer la main 

Alors on me dit que ce serait un anglicisme, mais nos voisins à tête carrée disent plutôt “wave”, ce qui me laisse perplexe car on le traduirait par onduler ou voguer. Si pour les Québécois “envoyer la main”, c’est faire un signe de la main, nos cousins français n’”envoient” la main que si elle a été coupée au préalable puis emballée et postée… :O 

#4 Déprendre 

Au Québec, on a l’habitude de déprendre nos voitures des bancs de neige, mais de l’autre côté de l’Atlantique, ce verbe fait plutôt référence à une situation immatérielle, comme se détacher d’une personne ou se débarrasser d’une mauvaise habitude. Je suis convaincue que s’ils subissaient nos hivers, ils diraient comme nous. 😉 

#3 Barrer et débarrer 

Dans la vie de tous les jours, je demande à mes enfants de “barrer la porte de la maison” et de “barrer la voiture”… Mais c’est fautif : on barre une rue, ou on tient la barre d’une embarcation. Débarrer, quant à lui n’est pas une forme fautive, mais uniquement en usage au Canada. Le verbe viendrait d’une forme vieillie, à l’époque où des barres étaient utilisées pour bloquer les porte ou les fenêtres. C’est encore plus savoureux dans l’expression “T’es pas barré de me dire ça”. J’invite nos amis Français à écouter la chanson “T’es pas barré” de la Famille Soucy. Vous me remercierez après pour cette perle 😛 

#2 Cogner à la porte 

Je soupçonne que c’est la connotation violente qui gêne nos cousins dans ce cas-ci, car ils définissent cogner par “frapper fort”. Donc si vous êtes un rustre, vous cognez à la porte… sinon, frappez gentiment! N’oubliez pas d’enlever vos chouclaques et de ne garder que vos bas. Pardon, vos couvre-chaussures et vos chaussettes! 😛 

#1 Parking, smartphone, playlist 

Ah oui, vous devinerez que je reviens à la charge avec ces accusations d’américanisme. Sérieux, les Français? XD J’utilise les mots “stationnement, cellulaire et liste de lecture”, de superbes mots de langue française, et vous osez me reprendre? Eh ben oui. Ils ont osé. À l’unanimité, qui plus est. On parlait de juste milieu, n’est-ce pas? Je trace la ligne là! Plutôt mourir que d’écrire parking… 😉  

Au final, l’important c’est que l’histoire vous fasse vibrer, peu importe les mots choisis (et la quantité de notes de bas de page nécessaires). Pour ma part, je retourne “ourdir” mon prochain roman (ouais, parce que les anglophones disent “plot” mais je ne suis pas à l’aise d’utiliser cet anglicisme, parce qu’au Québec une plotte… enfin je vous laisse faire vos propres recherches sur celle-là).  😀

Publié par Mélanie

Mélanie Dufresne est une auteur émergente de science-fiction et de fantastique. habite à Québec avec son conjoint et ses deux enfants. Entre la vie de famille et le travail, elle aime bien lire et faire de la randonnée.

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