Un tome pour les rassembler tous

Pouvez-vous croire que la série du Windigo aura bientôt 1 an? Le tome 3 est paru au printemps 2021. Parce que les fans en redemandent, j’ai décidé d’écrire la nouvelle Le coeur du Windigo qui est en fait une petit aventure “romantique” de Karl et Ellie à l’occasion de la Saint-Valentin. C’était le moyen idéal de développer leur relation et jeter un coup d’œil par le trou de la serrure pour voir comment ces deux-là naviguent la scène politique surnaturelle. 

Cette histoire courte a été offerte en cadeau aux abonnés de l’infolettre, mais je voulais aussi donner la chance à tous les lecteurs de mettre le main dessus. La création d’une intégrale était donc l’opportunité rêvée de joindre l’utile à l’agréable. 

En octobre dernier, quand j’ai envoyé mon cahier de charges pour la couverture au graphiste, je n’avais pas d’idée très claire en tête. Quand j’ai reçu sa proposition, la mâchoire m’a décroché! Cette Ellie est superbe apposée sur ce décor mystérieux. Et j’aime bien le clin d’oeil avec la plume, car on la retrouve dans les trois tomes. 

Comme je ne voulais pas faire les choses à moitié, j’ai aussi décidé de faire une édition avec une couverture rigide. À lui seul, le nombre de pages est impressionnant, alors il fallait que ce soit du solide. Au format 7×10″, on parle de 450 pages! Vous allez pouvoir vous servir de ce livre comme butoir de porte… Je vous avoue que cette édition spéciale est aussi en quelque sorte un petit cadeau que je m’offre. Vous en faire profiter est un bonus. 😉

Si l’écriture de la nouvelle m’a prouvé une chose, c’est qu’il reste encore énormément de potentiel dans l’univers du Windigo. Je ne vous fais pas de promesse, mais la muse fait déjà des siennes! 

Je vous laisse sur un petit extrait de la nouvelle bonus. Nos deux amoureux feront la rencontre d’une créature surnaturelle que nous n’avions pas eu la chance d’aborder dans la trilogie (quoi, elle est inédite ou elle ne l’est pas, cette nouvelle! 😛). 

Bonne lecture! 


Le soleil apparaissait entre la cime des arbres de temps à autre, transformant la forêt en une féérie de diamants. C’était du moins ce que mon lien à Ellie me transmettait. 

Pour ma part, je voyais et je sentais les traces laissées par les cerfs, les renards, les lièvres et les hermines. L’odeur musquée d’un lynx me parvenait par intermittence, selon l’angle du vent. Le félin devait être plus haut dans la montagne. Le chasseur cataloguait méthodiquement les pistes et écartait les moins intéressantes. 

Jusqu’à ce qu’une odeur doucereuse attire mon attention. Celle de la mort. 

Je levai le nez et ralentis l’allure. Ellie soupira et tourna la tête, son contentement évident. Je regrettais de devoir la ramener à des considérations plus terre à terre, mais si le Bonhomme Sept Heures nous avait envoyés sur cette piste, c’était parce qu’une créature surnaturelle faisait des siennes. 

Après un moment, l’odeur s’atténua. J’attendis de trouver une clairière et fis demi-tour pour rouler plus doucement. Je retrouvai l’endroit où l’odeur était la plus forte et repérai un espace dégagé entre les arbres.  

La motoneige n’était pas un modèle spécifiquement conçu pour le hors-piste, aussi, je m’assurai de conserver une vitesse stable pour éviter de nous enliser. Une marche de cinquante kilomètres ne me poserait pas de problème, mais ce serait certainement moins au goût d’Ellie. 

L’odeur prit en force, jusqu’à ce que les bras d’Ellie se contractent autour de moi. 

– Ark, qu’est-ce qui sent aussi mauvais? 

J’eus un instant d’hésitation, prêt à lui suggérer de rester ici et d’attendre que j’aille voir seul. Mais je savais déjà ce qu’elle me répondrait. Je ralentis sur le haut du buton et trouvai un espace abrité où la neige était moins profonde. 

Ellie débarqua et fit quelques pas avant d’émettre un grognement inintelligible. Le charnier avait été recouvert par la nouvelle neige, mais les allées et venues des charognards avaient mis en relief les corps les plus frais. 

– Le plus récent date d’hier, dis-je. À l’odeur, je dirais que l’endroit est utilisé depuis quelques mois. 

Elle tourna résolument le dos au spectacle, les mains sur les hanches. C’était tout à son honneur qu’elle n’ait pas déjà rendu son petit déjeuner. Si j’avais été seul, j’aurais peut-être été tenté de m’approcher pour étudier les corps, mais je refusais d’avoir l’odeur d’un autre prédateur sur moi et risquer de la transmettre à Ellie. 

– Si on est ici, j’imagine que c’est signe que le coupable n’y est pas, dit-elle. 

J’acquiesçai, cherchant les pistes les plus fréquentées du regard. 

– Un loup-garou bestial? reprit-elle. 

Je retroussai le nez. Les loups-garous maudits avaient tendance à perdre le contrôle de la bête qui partageait leur corps et de succomber à leurs instincts meurtriers. Heureusement pour Ellie, les Faoladh n’étaient pas susceptibles à ce genre de tragédie et ils surveillaient leur territoire pour éliminer ce type d’individus. 

– C’est Christian qui aurait été appelé. 

– Qu’est-ce que c’est alors? 

Je m’éloignai un peu pour contourner la scène et voir les corps sous un autre angle. 

– Vu les traces de griffures et la façon dont les corps sont démembrés, j’aurais tendance à dire que c’est une créature qui peut se métamorphoser, puisqu’elle est assez douée d’intelligence pour cacher ses méfaits. 

Ellie pâlit, mais hocha la tête. 

– Donc on élimine les mages et les démons de la liste des suspects. 

Le vent tourna soudainement et mes oreilles devinrent douloureuses avant que la pression ne se rétablisse. Une odeur toute particulière me fouetta le visage et je montrai les dents, frustré d’avoir été pris par surprise. 

– Un sasquatch. 

Ellie ouvrit de grands yeux. 

– Ils ne sont pas cannibales d’ordinaire, non? 

Une voix grave résonna entre les arbres. 

– Effectivement, nous ne le sommes pas. 

Le son me permit de le localiser. Son habileté à se fondre dans le décor était puissante, mais elle ne pouvait pas déjouer tous mes sens à la fois. Il était sous sa forme humaine, vêtu d’un habit de neige avec un motif camouflage blanc et gris.  

Son visage était recouvert d’une énorme barbe noire et sa tuque ne laissait voir que des sourcils broussailleux et des yeux sombres. Malgré tout, j’étais certain de ne l’avoir jamais croisé aux rencontres des Clans. 

Je levai les mains en signe d’apaisement.  

– Si nous avons empiété sur ton territoire, c’était involontaire. 

C’était le plus près d’une excuse que je pouvais lui offrir. Même si ces créatures étaient formidables, elles étaient solitaires et je pourrais l’abattre sans trop de problèmes. Sauf que l’intervention du Bonhomme Sept Heures faisait de moi en quelque sorte l’émissaire des Clans. 

Le sasquatch haussa les épaules et son attention se porta sur les cadavres.  

– Je croyais que ce charnier était de ton fait, mais Baptiste m’assure que non. 

Ellie étouffa un grognement outré et la lueur amusée dans le regard du sasquatch confirma qu’il l’avait entendue. 

– Je suis effectivement plus sélectif, dis-je. Mes proies sont marquées d’avance et je n’en dévore qu’une de temps à autre. Mon appétit n’est pas aussi… 

J’allais dire féroce, mais ça aurait été faux. La présence d’Ellie dans ma vie avait modifié l’équilibre que j’entretenais avec mon côté prédateur. Mes pulsions étaient toujours aussi fortes, mais elles étaient plus faciles à satisfaire. Le sasquatch hocha la tête. 

– Oui, on m’a informé que ce n’était pas ta méthode. Quand Baptise m’a promis de l’aide, je ne pensais pas qu’il t’enverrait. 

– Tu ne trouveras pas de meilleur chasseur, fit remarquer Ellie. 

Le sasquatch la considéra avec une expression pensive. 

– Peut-être, mais il est une abomination. Tu es la seule raison pour laquelle je le tolère sur mon territoire. 

Je fronçai les sourcils et Ellie fit un pas dans ma direction, comme si elle voulait me protéger de l’animosité du sasquatch. Ce dernier s’en rendit compte et son sourire amusé me donna envie de lui enfoncer les dents dans la gorge à grand renfort de coups de poing. Ellie le devina et sa mitaine se posa sur mon bras. Il eut la sagesse de lever les mains en signe de reddition puis il porta son attention sur moi. 

– Les femmes de qualité parviennent généralement à inspirer les sentiments les plus nobles aux hommes les plus dépravés. 

Je sentis le regard d’Ellie sur moi et je tournai la tête vers elle. Elle eut un haussement de sourcils interrogateur et je lui répondis d’un sourire narquois. 

– Je suis bien d’accord. 

« Je t’inspire aussi des sentiments moins nobles… » entendis-je flotter entre nous. Je pinçai les lèvres pour ne pas sourire et me tournai résolument vers le sasquatch. 

– Allons trouver ce qui perturbe ton territoire.  

Le sasquatch s’inclina. 

– Je m’appelle Paul. Bienvenue chez moi. 

Publié par Mélanie

Mélanie Dufresne est une auteur émergente de science-fiction et de fantastique. habite à Québec avec son conjoint et ses deux enfants. Entre la vie de famille et le travail, elle aime bien lire et faire de la randonnée.

Un avis sur « Un tome pour les rassembler tous »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :